Lynx

Cycle du lynx et du lièvre d’Amérique

Le lièvre d’Amérique constitue la proie de prédilection du lynx. D’ailleurs, les cycles de population des deux espèces sont étroitement liés.

Lorsque le lièvre est abondant, le lynx ne mange presque rien d’autre et attrape environ deux lièvres tous les trois jours.

Lorsque les lièvres se font rares, le lynx se nourrit de souris, de campagnols, d’écureuils, de tétras, de lagopèdes et de charognes. Ces sources de nourriture ne répondent pas toujours à ses besoins nutritionnels : certains individus ne peuvent pas maintenir leurs réserves de graisse corporelle avec ce type de régime et deviennent plus vulnérables à la faim ou à la prédation. D’autres spécimens réussissent à rester en bonne santé en se rabattant sur d’autres proies et sources de nourriture lorsque la population de lièvres est insuffisante. Lorsque les lièvres d’Amérique sont rares, de nombreux lynx quittent leur domaine vital à la recherche de nourriture.

Dans la majeure partie de la forêt boréale, les populations de lièvres d’Amérique suivent un cycle de 8 à 11 ans ponctué de variations importantes. Au plus fort du cycle, les lièvres d’Amérique peuvent atteindre une densité de 1 500 animaux par km2. L’habitat ne peut pas faire vivre autant d’individus. À mesure que la prédation s’intensifie et que la famine s’installe, la population commence à décliner. La prédation continue attribuable à la population élevée de lynx et d’autres prédateurs accélère le déclin de celle des lièvres.

Lorsque la population de lièvres atteint un niveau bas, elle se stabilise pour plusieurs années. Les plantes comestibles se rétablissent lentement et les lièvres recommencent à proliférer. Comme ils ont plusieurs portées chaque année, les populations de ces mammifères augmentent rapidement. Après une ou deux années de densité élevée, le cycle du lièvre se répète.

Le déclin de la population de lynx fait suite à la chute de la population de lièvres d’Amérique, avec un décalage d’environ un an ou deux. Alors que le nombre de lièvres commence à diminuer, le lynx continue à bien manger, car il peut facilement attraper les lièvres affamés.

Lorsque le lièvre se raréfie, le nombre de lynx diminue également. Leur absence de réserves de graisse leur permet difficilement de survivre au manque de nourriture et aux températures froides. Les pénuries alimentaires entraînent également des changements de comportement, notamment la hausse de l’itinérance et la perte de prudence, et les rendent vulnérables à la prédation.

Les répercussions les plus graves de la malnutrition se font sentir sur la reproduction et les niveaux de population du lynx. Lorsque les femelles sont en mauvaise santé, moins d’animaux s’accouplent, et les femelles ne donnent pas toujours naissance à de jeunes lynx. Celles qui donneront naissance auront des portées limitées et la plupart des animaux nés, voire tous, mourront peu de temps après. En somme, pendant une période de trois à cinq ans, peu ou pas de jeunes survivront jusqu’à l’âge adulte. Des études ont démontré que le nombre de jeunes dans une population de lynx peut être nul lorsque la population est basse, et atteindre 60 % lorsque leur nombre augmente. La faiblesse de la population de lynx dure en général trois ou quatre ans. Lorsque le lièvre redevient abondant, la population de lynx commence également à augmenter.

Les pointes et les creux démographiques cycliques de la population de lynx ne se produisent pas simultanément partout aux TNO. Par exemple, au début des années 1990, le nombre de lynx a atteint un sommet dans le sud-ouest des TNO deux ans avant que la population du nord-ouest des TNO n’atteigne sa pointe.